Camer.be
Cameroun: Livre de Enoh Meyomesse : La république amnésique :: CAMEROON
CAMEROUN :: LIVRES
  • Source : Avec L'auteur
  • vendredi 12 janvier 2018 15:09:20
  • 4759

Cameroun: Livre de Enoh Meyomesse : La république amnésique :: CAMEROON

Le 13 septembre 1974, Tonton Sébé Njoh, animateur radio bien connu par son émission matinale « Bonne fête », avait rappelé à ses auditeurs que ce jour-là, seize années auparavant, Ruben Um Nyobè avait été assassiné en plein maquis en Sanaga-Maritime. Avant la fin de l’émission, Jean Fochivé, le tristement célèbre patron de la police politique, avait dépêché à Radio Cameroun une escouade de ses agents. Ceux-ci avaient fait irruption dans le studio où se trouvait le présentateur de l’émission, et l’avait arrêté sur le champ non sans lui avoir infligé une bastonnade en bonne et due forme. Puis ils l’avaient traîné dans les geôles de la BMM à Yaoundé – officine où se pratiquait la torture – où il avait été enfermé des mois durant, pendant que son salaire avait été suspendu. Son péché ? Il avait commis l’imprudence de prononcer ce nom que le régime avait décidé de bannir et d’effacer de la tête des Camerounais. Et si d’aventure on était amené à le prononcer, il fallait prendre la précaution de qualifier la personne qui le portait de dangereux individu qui avait fait couler beaucoup de sang innocent au Cameroun.

Quatorze années auparavant, à savoir au mois de janvier 1960, soit tout juste quelques jours après la proclamation de l’indépendance, Ahmadou Ahidjo, encore Premier ministre du Cameroun – il ne deviendra Président de la République que le 5 mai 1960 - avait autorisé la vente d’un livre intitulé « Histoire du Cameroun ». Aux environs de onze heures, à peine le public avait-il commencé à le découvrir dans les librairies de la capitale, que la police nationale secondée par la gendarmerie, avait procédé manu-militari à la saisie de tous les exemplaires de cet ouvrage mis en vente à travers la ville. Gare à quiconque était surpris en possession de l’un d’eux. La raison ? Dans le livre, deux pages étaient consacrées à Ruben Um Nyobè et au combat qu’il avait mené pour l’indépendance du pays. Cela était totalement inacceptable pour le gouvernement camerounais. Un seul homme avait mené le combat pour l’indépendance, c’était « Son Excellence » Ahmadou Ahidjo, et personne d’autre. Comment oser évoquer quelque autre nom, qui plus est, celui d’un bandit de grands chemins tel que l’avait été Ruben Um Nyobè selon le régime, dans un livre d’histoire qui se voulait « sérieux » et « intoxiquer » ainsi la population ? Ce n’était que par simple magnanimité que les auteurs de l’ouvrage n’avaient pas connu le même sort que Tonton Sébé Njoh. En tout cas, les oreilles leur avaient été bien tirées, afin que nul ne se hasarde plus jamais à commettre pareille bêtise.

……………….

B- L’amnésie au Cameroun.

La disparition du protectorat allemand.

Dans l’esprit des Camerounais à ce jour, les trente années – 1884-1916 – d’invasion allemande au Cameroun sont totalement occultées au profit des quarante-quatre années d’invasion française – 1916-1960 – et quarante-cinq années d’invasion britannique – 1916-1961. La « dégermanisation » du Cameroun a été poussée à un point tel que même les prénoms allemands qu’arborait si fièrement la population ont totalement disparu. Il n’existe plus que de rares Hans, Hermann, Siegfried, Fritz, et Wilfried. Quant aux Adolf, Karl, Kurt, Helmut, Angela, Hagmann, Frantz, Ernst, Peter, Wolfgang, Rudolf, Manfred, etc., ils ont totalement disparu de la tête des Camerounais, tellement le lavage de cerveaux aura été à la fois puissant et efficace.

La disparition de la période du mandat de la SDN et de la tutelle des Nations Unies.

De la période s’étendant de 1919 consacrant la fin de la « grande guerre », 1914-1918, au premier janvier 1960, date de la proclamation de l’indépendance du pays, peu nombreux sont les Camerounais qui peuvent en dire grand-chose. Combien d’entre eux savent-ils que lors de la conférence de paix à Versailles en 1919, les Camerounais avaient adressé un mémorandum aux plénipotentiaires dans lequel ils réclamaient la reconnaissance de l’indépendance du pays, conformément à l’esprit et à la lettre du protectorat signé avec les Allemands le 12 juillet 1884 ? Combien se souviennent-ils que les Nations Unies avaient envoyé quatre missions de visite au Cameroun pour vérifier la bonne application de l’accord de tutelle du 13 décembre 1946 ? Que signifie cette date du 13 décembre 1946 pour eux ? Qu’était-ce même cet accord de tutelle ? Combien de Camerounais soupçonnent simplement l’existence d’un tel document ? Combien, par conséquent, ne serait-ce que parmi les hommes politiques, que ce soient ceux du régime comme de l’opposition, ou parmi les « intellectuels » camerounais, l’ont-ils parcouru ? Combien d’entre eux sont au courant de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’indépendance du Cameroun ? Combien se souviennent de la date de sa tenue, de son objectif et de ses participants ? etc.

La disparition de la lutte pour l’indépendance.

Idem. Du combat pour l’indépendance et la liberté du Cameroun, bien peu de gens en ont un souvenir précis. Soit qu’ils en récitent les péripéties tels des perroquets parce qu’ils se disent des militants de l’UPC, soit alors qu’ils mélangent et confondent tout, les rôles, les actes, les décisions capitales, les étapes, etc. Combien d’upécistes peuvent-ils dire la date du déclenchement de la guerre de libération nationale et pourquoi cette guerre

? Pourquoi ce jour-là ? De même, combien de Camerounais se sou-viennent-ils que les Français avaient instauré la ségrégation raciale dans leur pays et que l’ARCAM, Assemblée Représentative du Cameroun, tout comme l’ATCAM, Assemblée Territoriale du Cameroun, en étaient régie ? Combien d’entre eux peuvent-ils expliquer l’accession au pouvoir d’André-Marie Mbida, comme premier Premier ministre de la partie du territoire sous administration française ? De même, combien sont-ils en mesure d’expliquer les thèses d’Emmanuel Endeley, le premier Premier ministre de la partie du territoire sous administration britannique, ainsi que les raisons de son éviction du pouvoir à la veille du débat de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le Cameroun ? Que signifie pour le Cameroun la date du 22 avril 1955 ? Que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie la date du 25 mai 1955 ? Que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie la date du 23 décembre 1956 ? Que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie la date du 16 avril 1957, que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie celle du 15 mai 1957, que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie celle du 26 octobre 1957, que s’est-il passé ce jour-là ? Que signifie celle du 31 octobre 1959, que s’est-il passé ce jour-là ? Qu’était le «Chant de ralliement » ? Quand a-t-il été composé ? Qu’est-il devenu par la suite ?

(…)

La disparition de la lutte pour la réunification.

Tout comme pour la lutte pour l’indépendance, le combat pour la réunification a été totalement travesti. Peu de Camerounais se souviennent aujourd’hui que cette bataille avait commencé le 4 mars 1916, jour de la division de notre pays en deux « zones » d’exploitation, une « zone anglaise », à l’ouest du territoire, et une « zone française » à l’est de celui-ci. De même, seule une infime partie de la population peut expliquer l’usage de l’orthographe originel du nom de notre pays, à savoir Kamerun, par de nombreux Camerounais jusqu’à une date récente, particulièrement les Anglophones. Ils se contentent de déclarer, sans réfléchir, toutes les fois qu’ils lisent cette orthographe : « le Kamerun allemand ». Ce faisant, ils ne se posent pas la question suivante : si « Kamerun » signifie « Cameroun allemand », alors « Cameroon » ne signifie-t-il pas « Cameroun anglais », et «Cameroun», de son côté, « Cameroun français » ? De même, combien de Camerounais se souviennent-ils que le gouvernement français avait voulu changer le nom de notre pays, avant de se résoudre le conserver à la suite de la conférence de paix de Versailles en 1919 ? Sans celle-ci, notre pays porterait actuellement un autre nom. Les Camerounais le savent-ils ?

En 1952, plus précisément le 29 août, les Camerounais avaient signé un célèbre docu-ment qu’ils avaient baptisé « Déclaration de Tiko ». C’était un engagement pris par les natifs des deux « zones » à reconstituer notre patrie dans ses frontières du 4 mars 1916. Pourquoi cette décision ? Quels en avaient été les auteurs ? Le Togo et le Cameroun avaient été divisés à l’issue de la « grande guerre », c’est-à-dire le conflit de 1914-1918. Pourquoi le Cameroun est-il parvenu à se « réunifier », tandis que le Togo pour sa part ne

l’a pas fait ? Que signifie la date du 1er juin 1961 ? Pourquoi la réunification ne s’était-elle opérée que le 1er octobre 1961, alors que le referendum avait eu lieu les 11 et 12 février de la même année ?

A toutes ces questions, les Camerounais ne sont pas, dans leur écrasante majorité, en mesure d’apporter des réponses satisfaisantes.

……………………………….

TABLE

Introduction

Chapitre I : L’amnésie en général et l’amnésie au Cameroun

A – L’amnésie en France

B – L’amnésie au Cameroun

Chapitre II : Les raisons de « l’amnésie nationale ».

A – Le contentieux colonial franco-camerounais à faire disparaître

B – L’absence d’Ahmadou Ahidjo pendant la bataille de

l’indépendance à dissimuler

Chapitre III : Les conséquences de l’« amnésie nationale ».

A – Le Cameroun : terre de tribalisme

B – L’inexistence de l’intérêt général

Chapitre IV : Renouer avec nous-mêmes

A – Recoudre l’Histoire

B – Modeler le présent puis le futur à partir du passé

Acquérir le livre : www.amazon.fr, taper le titre ou Enoh Meyomesse

12janv.
Lire aussi dans la rubrique LIVRES
Vidéo